L'ours blanc et le volcan

1980 à aujourd'hui
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Dans les années 1980, lorsque le scientifique émérite d’Environnement Canada Ian Stirling a lancé un programme de recherche sur l’ours blanc dans l’ouest de la baie d’Hudson, il était loin de se douter que ce programme allait être le premier à démontrer les effets des changements climatiques sur les ours blancs.

M. Stirling a lancé le programme de recherche pour une raison bien simple : à l’époque, la communauté scientifique n’en savait pas beaucoup sur les ours blancs. Certaines questions écologiques de base avaient un grand besoin de réponse.

Avec l’aide d’une petite équipe de recherche, il a d’abord mené de courtes études de deux à quatre ans pour trouver la réponse à ces questions. Chaque année, l’équipe a capturé des ours, prélevé des échantillons biologiques aux fins d’analyse en laboratoire et pris des mesures normalisées, comme la longueur du corps et le périmètre thoracique. En outre, elle a fixé une étiquette numérotée sur chaque ours capturé et tatoué la lèvre supérieure de chacun aux fins d’identification ultérieure.

Au fil des études et de l’accumulation des données recueillies, les chercheurs se sont rendu compte que les ours capturés étaient de plus en plus légers. Pourquoi les ours perdaient-ils du poids? Selon une hypothèse, c’est à cause de changements dans la population de phoques, qui est à la base de l’alimentation de l’ours blanc. Cependant, les données de relevés des phoques dans l’ouest de la baie d’Hudson n’appuyaient pas cette hypothèse. Ce fut donc un retour à la case départ…

Soudainement, en 1992 et en 1993, la masse corporelle des ours blancs a augmenté de façon marquée, tout comme leur taux de survie, en particulier celui des oursons nés ces années-là.

Il se trouve que l’événement responsable de l’augmentation du poids et du taux de survie des ours est survenu à l’autre bout du monde, aux Philippines. L’éruption du Pinatubo, en juin 1991, a constitué l’une des plus grandes éruptions volcaniques du siècle dernier. Elle a libéré une grande quantité de cendres et d’autres particules dans l’atmosphère, et le vent les a transportées dans le monde entier. Ces particules dispersées absorbaient la lumière du soleil, ce qui a refroidi la Terre, surtout dans les régions arctiques.

Voilà ce dont avaient besoin les ours blancs. Ces quelques semaines supplémentaires de temps plus froid ont retardé la rupture de la glace de mer et leur ont donné plus de temps sur la glace pour chasser le phoque et prendre du poids. Bien que les ours blancs aient seulement profité temporairement du refroidissement causé par l’éruption du Pinatubo, cette aide fut le premier indice permettant à l’équipe de penser que ses données à long terme sur les ours blancs pourraient être extrêmement précieuses pour repérer les changements écosystémiques à grande échelle, notamment les effets des changements climatiques.

Ainsi, une éruption volcanique associée à gain de poids a permis aux chercheurs de trouver ce qui se cachait derrière la perte de poids; la responsable, c’était la diminution de la glace de mer, et non celle de la population de phoques. Les changements climatiques contribuent à cette perte d’habitat. Des recherches ont démontré l’existence d’un lien direct entre l’augmentation des concentrations de gaz à effets de serre dans l’atmosphère et la disparition de la glace de mer.

De nos jours, la glace de mer se rompt 21 jours plus tôt au printemps que lorsque la recherche a commencé au début des années 1980, et elle réapparaît 12 jours plus tard à l’automne. Les ours blancs d’aujourd’hui ont donc moins de temps sur la glace pour chasser les phoques et préparer les réserves de graisse dont ils auront besoin pour survivre une fois sur le rivage. De plus, parce que la période sans glace s’allonge, les ours blancs doivent également se contenter de ces réserves moins importantes pendant plus longtemps avant de pouvoir retourner chasser les phoques sur la glace.

Depuis le lancement du programme de recherche, près de 4 000 ours ont été examinés. Bien que l’objectif au cœur du programme n’ait pas changé depuis, de nouvelles questions, de nouvelles technologies et de nouveaux partenariats ont permis au programme de s’étoffer. Les chercheurs s’intéressent désormais aux ours blancs sous de nombreux angles. Ils étudient la génétique des ours pour déterminer s’ils sont susceptibles de s’adapter aux changements climatiques. Ils utilisent des échantillons de fourrure pour évaluer le niveau de stress à long terme des ours lié aux changements environnementaux. De plus, grâce à des colliers-satellites liés à un GPS, ils observent comment les ours blancs choisissent leur habitat et où ils s’aventurent sur la glace de mer. Ailleurs dans la baie d’Hudson, l’équipe de recherche utilise des drones pour étudier les ours blancs qui adoptent des sources d’alimentation terrestres, comme les œufs d’oiseaux de mer, car leur proie principale, les phoques, est plus difficile à chasser. Bien entendu, l’équipe continue le travail qu’elle a commencé il y a si longtemps et enrichit toujours son riche ensemble de données à long terme, unique en son genre.

En matière de changements climatiques, les ours blancs jouent le rôle du canari dans la mine. Ils souffrent déjà de leurs conséquences, alors il est essentiel de prendre des mesures fortes pour réduire nos émissions et nous adapter au climat, qui change déjà. Le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques souligne l’engagement du Canada tout entier à lutter contre les changements climatiques. Fixer un prix sur le carbone, réduire les émissions de tous les secteurs de notre économie, améliorer notre résilience aux changements climatiques et favoriser les technologies vertes sont toutes des mesures qui profiteront à la santé et à la sécurité des Canadiens, à la prospérité de notre économie et à la santé de notre environnement, y compris celle des ours blancs.