Une adolescente pourrait procurer de l’eau potable à des millions de personnes

1980 à aujourd'hui
Bedford, Nouvelle-Écosse
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Coup de cœur
 
Drapeau

Rachel Brouwer est en vedette dans la campagne nationale de sensibilisation du public d’Innovation150. Pour en savoir plus
 

Rachel Brouwer est encore trop jeune pour conduire, mais elle a son panneau-réclame, sa page dans Wikipédia et un astéroïde nommé en son honneur.

Cette dernière distinction – accompagnée d’un prix de 1 500 $ – a récompensé sa 2e place à l’exposition internationale Intel de sciences et de génie. Rachel Brouwer avait d’abord remporté une médaille d’or à l’expo-science nationale canadienne en 2015.

Son invention primée pourrait donner accès à de l’eau potable aux habitants de pays en voie de développement, grâce à des objets et matériaux courants.
 

Une innovatrice canadienne âgée de 14 ans

« Honnêtement, j’ai été très surprise », déclare Rachel Brouwer, pionnière modeste âgée de 14 ans, qui trouve aussi le temps de cuisiner, de gérer une gamme de produits de soins pour la peau, de jouer au basketball et au soccer, et de faire de la musique au sein de l’harmonie de son école. « Je voulais seulement avoir la 1ère place dans ma classe, et tout a explosé à partir de là. »

L’invention réalisée alors que la néo-écossaise native de Bedford n’avait que 13 ans, consiste en un procédé permettant de tuer les bactéries potentiellement mortelles présentes dans l’eau. Fonctionnant sans carburant et à l’énergie solaire, ce système utilise des bouteilles de plastique de 2 litres, du matériel de plomberie couramment disponible dans les pays en voie de développement, ainsi qu’un indicateur fait de cire produit par impression 3D au coût de quelques cents seulement.

Cette invention a littéralement grandi avec la jeune fille. Lorsque celle-ci avait 11 ans, elle en a eu l’idée alors qu’elle était en voyage au New Hampshire avec ses parents. Au bord de lacs et de rivières, il y avait beaucoup de panneaux annonçant que l’eau était contaminée et qu’il ne fallait pas la boire.
 

Grandir en même temps que son invention

À cette époque, Rachel Brouwer lisait le livre intitulé Moi, Malala, dans lequel l’adolescente Malala Yousafzai, lauréate d’un prix Nobel, relate son activisme qui a failli lui coûter la vie, ainsi que les conditions de vie éprouvantes dans le Nord du Pakistan. En plus du violent régime des talibans, de graves inondations survenues en 2010 dans la région ont causé une épidémie de choléra qui a tué des milliers de personnes et en a déplacé des millions.

C’était la première fois que Rachel Brouwer entendait parler d’une maladie due à l’eau. Quand elle s’est rendu compte que l’eau contaminée pouvait représenter beaucoup plus que quelques panneaux pendant des vacances familiales, elle a décidé qu’elle voulait tenter quelque chose pour aider les populations de pays tels que le Pakistan.

« À l’âge de 11 ans, je ne savais même pas que l’eau pouvait être nocive, dit-elle. Lorsque je me suis rendu compte que tous n’étaient pas aussi privilégiés que moi, j’ai commencé à réfléchir à des manières de procurer ces mêmes privilèges aux gens dans le besoin. » 

À l’adolescence, Rachel Brouwer a développé son idée et créé un système qui élimine les grosses particules (auxquelles les contaminants peuvent s’accrocher même après pasteurisation) et qui pasteurise l’eau, la stérilisant pour la rendre potable :

  • Sous l’action d’une pompe à main, l’eau entre dans les bouteilles en plastique en passant à travers un filtre sommaire au carbone et au charbon.
  • On place les indicateurs sur les bouteilles, et on met le tout sur un toit de tôle pour que l’eau soit chauffée.
  • Les indicateurs, faits d’une cire spéciale qui change de couleur avec la température, passent du bleu foncé au rose pâle à mesure que l’eau est chauffée.
  • Lorsque l’eau atteint 60 °C (température à laquelle elle ne contient plus de bactéries nocives), la cire rose fond, indiquant aux utilisateurs que l’eau peut être bue sans danger.
     

Essais et erreurs… plus d’une fois

« Lorsque j’ai testé le système, dit Rachel Brouwer, je me suis rendu compte qu’il était difficile de voir quand la cire fondait ou durcissait, et j’ai commencé à réfléchir à des manières de corriger cela ». Elle a fini par trouver une poudre qui change de couleur, utilisée dans des tasses pour indiquer quand elles contiennent du liquide chaud. Elle a décidé d’incorporer cette poudre dans ses indicateurs en cire.

« Dans les premières versions, la cire fondait mais ne coulait pas dans le second flacon, à cause de problèmes de tension superficielle, ou encore le changement de couleur n’était pas assez marqué. J’ai conçu ou commandé plus de 30 indicateurs avant de trouver le bon. » 

Depuis lors, le système a été mis à l’essai dans les Antilles et au Moyen-Orient. Il y a des projets de le mettre en place à plus grande échelle, avec la participation d’éducateurs qui installent des exemplaires du système pendant que Rachel Brouwer termine ses études en Nouvelle-Écosse.

Dans l’avenir, elle aimerait que son dispositif aide le plus grand nombre possible de personnes, mais elle pense déjà à une autre cause à soutenir.

« J’ai récemment assisté à une conférence où des éducateurs parlaient de la curiosité, dit-elle. Ma curiosité me vient surtout de mes parents, mais j’aimerais introduire la curiosité et la créativité en classe, afin que les jeunes de la prochaine génération acquièrent davantage ces aptitudes à l’école. »